Le recours au chômage partiel parmi les enseignes de la grande distribution a de quoi faire réagir une population qui lors du premier confinement était en seconde ligne. L’activité dans les rayons se poursuit et les équipes craignent une baisse de la productivité.

« Fallait s’y attendre…», peut-on lire dans nos échanges avec des professionnels de la grande distribution. Cette semaine, les enseignes de la grande distribution ont mis en place le chômage partiel dans leurs effectifs. D’abord Géant Casino et Monoprix. Carrefour et Auchan l’ont également officialisé. Seul E.Leclerc a officialisé le non-recours au chômage partiel dans leurs équipes.

Le chômage partiel s’impose dans les magasins «par manque de chiffre d’affaires suite à la fermeture de certains rayons non alimentaires », explique cette salariée. Une décision qui contraste fortement avec les scènes du premier confinement où le travail ne manquait pas dans les magasins.

Chez Auchan, le chômage partiel implique une perte de salaire, compensée à 84%. Les 16% restants ne sont pas pris en charge. 

Chez Carrefour, 90 000 salariés et « tous les Carrefours de France » sont concernés. Le chômage partiel appliqué est de « 50% pour les rayons non essentiels et 10% pour tout le reste : directeur, managers, caisse, rayon alimentaire (sauf le drive). Ça commence lundi et c’est pour une durée de 2 semaines », nous explique-t-on, « en résumé, cela représente 4 jours de travail, 1 repos et 1 jour au chômage partiel », d’après ce manager. Tous les contrats sont touchés, même les précaires : CDD, étudiant, contrat pro.  Aucune perte de salaire n’est prévue dans l’enseigne.

Plus de tension sur le terrain et une charge de travail grandissante

Ces décisions ne sont pas anodines. En magasin, les équipes se préparent et craignent un effet de bord.

Chez Carrefour par exemple, le recours aux heures supplémentaires ou complémentaires est interdit, de même que le recours aux intérimaires sauf drive et inventaires. Une situation qui a de quoi exaspérer certains directeurs de magasins qui craignent de ne pouvoir gérer les absences : « les magasins vont s’arracher les cheveux », concède ce responsable.

Le chômage partiel risque d’impacter lourdement la réalisation des tâches en magasin : « le problème c’est que nous sommes déjà peu nombreux pour le travail qu’il y a à faire », regrette ce manager, « donc finalement même si on a un jour de repos, on risque de payer cher les jours où on sera présent, car on sera encore moins nombreux », explique-t-il.

« On charbonne dur depuis plusieurs jours déjà et on ne remplace pas les absents», raconte un autre manager, « le chômage partiel ne fait qu’accentuer la charge de travail »

Pas de chômage partiel chez Leclerc

Seule enseigne qui a pris une décision à contre-courant, E.Leclerc, qui, portée par la voix de Michel-Édouard Leclerc, a tenu à rassurer les salariés de l’enseigne leader en France :  «les centres E.Leclerc entendent bien se DÉMARQUER», insiste-t-il.

« Début novembre, […], les adhérents d’E.Leclerc ont décidé de n’avoir recours au chômage partiel que lorsque les personnels frappés par l’interdiction d’exercer […] ne peuvent être reclassés sur des postes en renfort dans les activités ouvertes comme » comme « les rayons alimentaires, caisses, drives, mise en rayon, click & collect…», précise-t-il. Une décision « volontariste ».