Drôle d’époque et drôle de période pour les professionnels de la grande distribution qui risquent de se souvenir longtemps de leur quotidien durant le second confinement. Nombreux d’entre eux expriment un ras-le-bol général. Avec les mesures récentes d’interdire la vente de certains produits, le moral a pris un coup.

Les temps sont durs. De mémoire de certains briscards, la grande distribution vit une bien drôle de période : « jamais vu une telle pagaille en 35 ans de grande distribution », raconte ce chef boucher. 

Parmi ses confrères, le constat dressé est le même : « depuis deux semaines, on passe notre temps à faire et défaire », alerte un manager en reproche aux consignes floues de ce second confinement. Visiblement, le message n’est pas clair, ni pour les professionnels du terrain, ni même pour les consommateurs : « ce reconfinement a des allures de vacances pour pas mal de personnes, les gens se baladent en groupe dans le supermarché, les gens reçoivent des amis chez eux », alerte un employé.

Un ras-le-bol général exprimé

C’est peut-être le fait qui les alarme le plus. Quand on leur pose la question, les professionnels déplorent avec ras-le-bol le manque de respect des mesures sanitaires dans les magasins : « on fait tous des efforts pour se préserver les uns les autres, on subit toutes les contraintes quotidiennes du Covid », explique une hôtesse de caisse.

Même constat avec les caddies abandonnés dans les rayons. La vidéo d’un responsable de Cora Dreux a été diffusée plusieurs milliers de fois sur les réseaux sociaux. Ce dernier déplorait le nombre de caddies pleins qu’il retrouvait dans les rayons.

Les faits sont nombreux, impossible de les lister au cas par cas. « Entre les clients qui foutent leur masque en dessous de leur nez, les clients qui te reposent un fruit ou une viennoiserie à moitié bouffée en rayon… ces gens vivent dans un monde où seul leur petit confort compte », regrette cette employée. « La crise sanitaire a amplifié les comportements », observe même cet employé, « les clients témoignent d’un manque de respect envers le travail des employés, la marchandise, le magasin en lui-même ».

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Fatigue général et effectifs diminués

L’épisode des rayons non essentiels est arrivé comme la goutte d’eau auprès de professionnels déjà débordés et à peine remis du confinement du printemps dernier.

« C’était mon premier Noël au rayon jouets, le voir fermer, c’est dur à encaisser », explique ce manager reconnaissant toutefois la « solidarité nécessaire aux autres commerces ».  « Ça fout un gros coup au moral », complète cette consoeur.

Tout ce travail pour rien, les professionnels ont du mal à le digérer. Épuisés, parfois obligés de remplacer des salariés absents ou touchés par le Covid 19, certains d’entre eux ont le moral en berne : « quand j’ai retiré tous mes bacs de non food, ça m’a foutu le cafard… c’est moi qui aie préparé les jeux en bois je me sentais un peu comme la mère Noël… tout ça pour que tout soit retiré une semaine après, la période est vraiment compliquée », explique cette responsable d’un Lidl. 

En magasin, les effectifs sont par ailleurs amoindris, certains touchés par le Covid19, d’autres en arrêts maladie pour des mal de dos, la faute à un rythme effréné : « Le gouvernement donne des consignes impossibles à suivre aux salariés des grandes enseignes », renchérit un autre chef de rayon, « ils ne réalisent pas l’impact sur les équipes »,ajoute-t-il. « On travaille comme des acharnés pour garder le rythme. Remplir les rayons ok, mais pas en nous imposant de tout changer du jour au lendemain ».

Des professionnels solidaires des petits commerces, oui, mais…

La mesure de fermer les rayons non essentiels vise à éviter la concurrence déloyale de la grande distribution face aux autres commerces qui doivent baisser le rideau.

Néanmoins, la grande distribution est une chaîne logistique complète : « les politiques oublient que derrière la grande distribution il y a des centaines d’entreprises qui vivent aussi grâce à la grande distribution », exprime ce directeur, « beaucoup de petites entreprises françaises travaillent pour nous, et elles aussi seront directement impactées », ajoute-t-il.

Le constat est le même pour les plateformes logistiques « qui vont se retrouver pour le non alimentaire à l’arrêt, ça met des tas d’emplois en péril », concède un autre responsable qui déplore que c’est « tellement facile de tirer à boulets rouges sur la grande distribution. Juste pour rappel, derrière la grande distribution, il y a des personnes, des femmes, des hommes qui étaient là quand le pays était à l’arrêt. Des caissières, des réassortisseurs, des réceptionnaires, des chefs de rayon qui étaient là, qui ont continué à travailler pour approvisionner le pays ».