La grande distribution multiplie les initiatives dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. Avec l’appui de start-up, le secteur rassure de plus en plus sur sa capacité à valoriser les déchets alimentaires. Un défi de taille qui est en passe d’être atteint.

Un magasin, que ce soit un supermarché comme un hypermarché, c’est de 20 000 à plus de 50 000 références sur un même point de vente. Alors autant dire qu’avoir un contrôle et un suivi rigoureux sur l’ensemble des produits n’est pas une mince affaire.

Rigueur, accompagnement et sensibilisation sont les maîtres-mots pour assurer « ce combat quotidien », dixit les mots de Romain Fatin, adhérent au E.Leclerc de Châteaubriant et magasin pionnier en la matière depuis plusieurs années dans la quête « vers le zéro déchet alimentaire ».

Un magasin Zéro Déchet en grande distribution, c’est possible !

La grande distribution assure un virage à 360 degrés. Si le secteur a accéléré sa transformation numérique, c’est aussi le cas de sa transformation sociétale. Un virage d’une part encouragé par le changement de comportement des consommateurs – ces derniers devenus plus exigeants -, et d’autre part motivé par une nouvelle génération de dirigeants de plus en plus sensibles à ces questions environnementales et éthiques.

Symbole fort de cette transformation, le gaspillage alimentaire est au coeur de toutes les préoccupations des enseignes de la grande distribution. Souvent critiquée sur le sujet comme étant le dernier maillon de la chaîne et donc le premier responsable du gaspillage, le secteur redouble d’efforts pour réduire son impact environnemental.

Le centre E.Leclerc de Châteaubriant situé dans les Pays de la Loire figure parmi les exemples à suivre. Son adhérent, Romain Fatin, qui a notamment connu le démarrage de Phenix au centre Leclerc de Rueil-Malmaison en 2014,  souligne d’ailleurs le virage amorcé par le secteur : « les initiatives se multiplient, les combats dépendent d’abord des initiatives locales », concède-t-il en évoquant l’indépendance du mouvement E.Leclerc.

La RSE c’est énormément de petits chantiers au sein d’un grand.

Romain Fatin, adhérent E.Leclerc Châteaubriant

La lutte contre gaspillage alimentaire commence par la gestion de rayon

Le combat contre le gaspillage alimentaire commence par « resensibiliser les responsables sur le fonctionnement de la casse », assure Romain Fatin tout en expliquant « la nécessité de parler en valeur : ça représente une belle maison, tant de voiture… on trouve des images qui parle pour faire écho dans l’esprit des équipes ».

Pour cet adhérent convaincu sur les questions de la RSE, le point de départ c’est la gestion de rayon. Bien les gérer c’est « résoudre le problème à la source » dans ce combat contre le gaspillage alimentaire. Il évoque notamment la nécessité d’accompagner et de former les équipes : « plus les salariés ont une gestion affinée et une maîtrise de l’outil informatique, mieux les commandes se passent », complète-t-il tout en insistant sur la nécessité de « faire confiance à la machine ».

Cette gestion est toutefois complétée de vecteurs sensibles qu’il est nécessaire gad’identifier comme la gestion promotionnelle : dans cette guerre des prix « les promo ajoutent de la complexité. Si les EGA ont eu un effet d’abaissement sur le poids de la promo, nous appelons à la vigilance sur les articles promo-dépendant notamment pendant les fêtes de fin d’année ».

La gestion des assortiments complète cette gestion. L’élargissement de l’offre opéré par les industriels et le référencement permanent des innovations bousculent également cette gestion. La question des colisages du côté industriels est d’ailleurs un frein que l’adhérent tente de prévenir « de petits magasins ne peuvent pas se permettre des prendre des colisages de 12 produits sur des innovations ».

Par ailleurs, dans cette gestion des assortiments, la période Covid « a mis en lumière des produits qu’on ne vendait pas », nous éclaire l’adhérent. La période a démontré à quel point la qualité de l’offre est l’élément moteur dans cette lutte contre le gaspillage alimentaire.

On parle beaucoup des 20/80 dans les rayons, mais il y a aussi les 20/80 de la casse, c’est quelque chose qu’on ne fait pas assez.

Romain Fatin, adhérent E.Leclerc Châteaubriant

Un suivi rigoureux avec la start-up Phenix

Pionnier, le magasin du E.Leclerc Chateaubriant figure parmi les premiers magasins à amorcer ce combat : « sur le magasin, historiquement il y a toujours eu le don aux associations sur un rythme de 2 à 3 ramasses par semaine », nous explique l’adhérent qui a repris les rênes du magasin en 2017.

Toutefois, « cette démarche n’était pas structurée avant l’arrivée de Phenix », reconnaît-il. Au moment de commencer avec Phenix, « la question était de savoir comment optimiser la perte des produits consommables ».

Aujourd’hui Phenix accompagne l’entreprise dans sa gestion des invendus : « avoir une analyse claire et nette de la casse, par rayon, par famille, c’est une valeur ajoutée que Phenix nous a apportée », insiste l’adhérent en évoquant l’outil interne de gestion qui permet au magasin d’agir sur les bonnes références, « c’est une solution pragmatique et réaliste qui répond à mon besoin de baisser mon empreinte de déchets et de baisser mon tonnage de bio déchet ».

Sur le papier, le constat est sans appel et les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les courbes montrent une division par trois du volume de déchets en 4 ans. La casse représente à ce jour un peu plus d’1% du chiffre d’affaires du magasin et E.Leclerc Châteaubriant fait désormais figure des bons élèves en la matière. La facture déchet a également été largement réduite, passant de 1000 euros mensuels… à 200€.

« Phenix est extrêmement réceptif et attentif et vient adapter ses solutions en fonction des besoins des magasins. C’est complet, plus simple plus efficace que de multiplier les solutions »

Romain Fatin, adhérent E.Leclerc Châteaubriant

Vers le Zéro Déchet absolu en grande distribution

Concernant les perspectives d’amélioration, elles existent, mais le challenge est de taille : « le zéro déchet absolu n’existe pas », concède-t-il, « la prochaine démarche sera un vrai travail et une analyse affinée de l’offre ».

Le jeune adhérent est ambitieux et réfléchit encore à d’autres solutions comme le « reconditionnement des produits en seconde vie, comme les soupes », en faisant notamment référence à l’adhérent Thomas Pocher dans le nord de la France qui a mis en place cette initiative, « cela reste complexe et nécessité des investissements », reconnaît-il.

Enfin, pour ne pas que l’action soit isolée, la Scaouest, dont le magasin fait partie, favorise d’ailleurs les remontées d’informations sur les bonnes pratiques afin de créer un mouvement global : « on échange au sein de la centrale régionale sur les moyens mis en place », explique également Elise Gasnier, responsable qualité du même centre E.Leclerc.

En définitive, le combat est de taille, mais il est en passe d’atteindre ses objectifs. La grande distribution poursuit ses ambitions à l’échelle de ses magasins pour soigner son empreinte environnementale.