L’arrivée du nouveau patron de Carrefour France Rami Baitiéh a de quoi secouer l’enseigne sur le plan opérationnel. Depuis quelques jours, l’enseigne teste une nouvelle organisation au sein de ses rayons. Baptisé Top, le projet dit stop à la polyvalence au profit de la spécialisation. On vous explique en quoi ça consiste.

Le nouveau patron de Carrefour France impose sa patte. Après l’affichage à l’entrée des magasins pour inviter les clients à contacter les directeurs des magasins sur leur ligne directe, c’est un nouveau projet aux accents opérationnels qui est en cours de test.

La nouvelle organisation est déjà en place dans 30 hypermarchés de France. « Top », c’est le nom du projet donné à cette organisation. Il consiste à réduire les irritants pour les clients. Par irritants, il faut comprendre lutter contre les ruptures dans les rayons, s’assurer des prix affichés en rayon et combattre le manque de personnel, fléau récurrent dans le secteur.

Le projet, axé essentiellement sur la spécialisation des équipes, s’articule en trois axes opérationnels : le front, la data et le back et il a déjà le mérite de secouer un modèle économique qui a bien fonctionné pendant 30 ans et qui a besoin aujourd’hui d’innover, de changer, de se moderniser ! Une cure de jouvence à priori dans les rayons malgré le manque de concertation exprimé par les syndicats.

Lire aussi : Où en est le déploiement du projet “Top” de Carrefour, chargé de réorganiser la vie des rayons

Une équipe découpée entre le front, la data et le back

Le 5-5-5 Passion Client chère à Rami Baitiéh a donc accouché d’une remise à niveau de l’organisation des rayons. Un mot d’ordre : la productivité. Le projet Top succède au projet EOS qui avait été lancé en avril 2019. Ce dernier n’ayant pas réellement fait l’unanimité. 

Top vient en réponse au plan d’action initié par le PDG Alexandre Bompard qui vise à « renforcer l’excellence opérationnelle au service des clients et accélérer la transformation des organisations et mode de fonctionnement pour aller vers plus d’efficacité, de simplicité et de proximité dans l’action ».

30 hypermarchés sous pavillon de l’enseigne basculent en ce moment en phase de test.

Comment ça se passe le projet Top ?

Comme précisé ci-dessus, le projet découpe les équipes en trois axes : le front, le back et la data.

De 1, l’équipe front démarre la journée à 5h avec comme première mission celle de déceler les irritants. Au menu, dépotage des palettes, mise en rayon, rangement des rayons et propreté. Des relevés de ruptures sont ensuite effectués et transmis à l’équipe back chargée de mettre le produit à disposition des rayons demandeurs.

De 2, l’équipe back, comme son nom l’indique, est active dans la réserve du magasin. Elle est chargée du rangement de la réserve, du scanning et de la gestion des retours. Elle met à disposition les palettes dans les allées. L’idée est de concentrer l’activité de mise en rayon uniquement au remplissage et de supprimer les tâches d’allers-retours et de rangement en réserve. L’équipe front ne doit plus rentrer en réserve.

L’équipe data est, elle, chargée de la gestion des rayons. Elle assure des tâches de mise en place des affiches, vérifie les prix, les dates de péremption et corrige les indicateurs de gestion de rayon en conséquence.

Des organisations similaires chez Auchan et Cora

Ce projet ressemble en de nombreux points à des organisations menées chez Cora et Auchan. Là encore, l’équipe back, appelée achemineur, est chargée de mettre à disposition les palettes dans les allées. L’équipe chargée de la mise en rayon, approvisionneur, ne vient pas en réserve.

Cette organisation est complétée chez Cora avec une mobilisation générale des équipes au rayon surgelé en fin de remplissage des produits PGC et d’un soutien aux équipes frais avant l’ouverture.

Un projet aborde une phase de test

Comme à chaque changement d’organisation, le projet ne convainc pas encore pleinement. Le projet Top a en effet de faux airs de projets menés ces dernières années, lesquels ne faisaient pas l’unanimité.

Interrogés, certains salariés de Carrefour expliquent que ce projet c’est un « retour de la transversalité » dans les rayons : « Top a beaucoup de similitudes avec d’anciens projets. Il y a quelques années aussi, il y avait une équipe qui ne faisait que la gestion, et une autre le remplissage, sauf que c’était toujours les mêmes personnes en rayons et les réserves débordaient », raconte l’un d’eux.

Des débuts encourageants

Pour cette employée du Carrefour à Angoulême rattaché à l’équipe scanning, le projet a déjà un avantage : « nous sommes en deuxième de test dans notre magasin : la réserve se vide et nous avons déjà démonté un rack », s’enthousiasme-t-elle tout en ajoutant que « les débuts ne sont pas toujours évidents. Pour le moment, les rayons tiennent et nous constatons déjà moins de ruptures ».

Un autre salarié, côté market, nous explique également que « le projet top est pratiqué au sein des magasins Carrefour Market ». Il nous a résumé le fonctionnement du projet dans son magasin : « le projet consiste à mettre tous les employés dans le même rayon. Cela commence par le rayon et se termine fini par l’épicerie. Nous, par exemple, nous avons 8 personnes au total. Nous mettons une demi-heure par rayon avec mise en rayon faîte, facing et étiquette irréprochable ». « Il faut aimer travailler en groupe. Cela demande une grosse organisation, mais une fois que c’est mis en place, c’est top. Cela requiert également un très bon manager pour gérer tout le monde », reconnait ce responsable en ajoutant que ça permet « d’éviter d’avoir des palettes en rayon».

« Le projet consiste surtout à éviter de courir partout pour aller chercher les ruptures »

Une employée de rayon Carrefour

D’autres voient cette organisation d’un mauvais oeil. « C’est comme EOS, ce n’est pas Top du tout », peut-on lire dans les commentaires laissés par la communauté. Le projet a pour but de « donner plus de responsabilités aux employés libre-service », se décourage un des salariés de l’enseigne qui explique que le projet « marchera à condition d’avoir assez de bras », souligne-t-il. D’autres, plus mesurés, « attendent de voir dans la durée si le projet fait ses preuves ». 

En tout les cas, si le projet fait ses preuves, l’enseigne Carrefour envisage de l’étendre au reste des magasins de son réseau.