Ils sont les victimes collatérales des décisions gouvernementales. Avec les restaurants fermés, des magasins qui refusent les rendez-vous et les hôtels au service minimal, les commerciaux GMS ont vu leur quotidien changé ces derniers mois. Certains d’entre eux témoignent.

Leur quotidien n’était pas déjà simple avant l’épisode du Covid. Les commerciaux GMS ce sont ces professionnels qui sillonnent les routes et visitent les magasins pour le compte d’une marque. Pour eux, le télétravail n’est pas possible, comme de nombreux autres métiers du secteur de la grande distribution d’ailleurs. Leur mission n’est rien sans le terrain.

Ces derniers mois, leur métier a changé. Certes, ils sont nombreux à reconnaître encore « la chance d’avoir un travail » dans un contexte morose mais beaucoup regrettent le manque de considération à l’égard de leur profession.

Depuis le mois de mai, tous ont été sommé de repartir sur les routes après une période de chômage forcé avec les contraintes qui vont avec : « on subit des journées sans répit depuis la Covid et la fermeture des restaurants », témoigne cette chef de secteur désarçonné par les mesures prises et les contraintes aussi professionnelles que personnelles, « notre profession est la grande oubliée des mesures gouvernementales » en faisant notamment références au traitement réservé aux conducteurs routiers et aux ouvriers du bâtiments à qui on autorise l’ouverture de restaurant. 250 restaurants routiers ont été autorisés à ouvrir sur le territoire national à condition de présenter une carte professionnelle. Les commerciaux se voient refuser l’accès.

Aussi, la fatigue et la lassitude gagnent du terrain d’autant qu’ils sont quelques magasins à compliquer les accès aux rayons.

La difficulté d’obtenir des rendez-vous en magasin

« Beaucoup de magasins interdisent encore les rendez-vous avant l’ouverture », s’attriste ce chef de secteur. Certes, tout dépend des magasins, de l’enseigne et des adhérents. Pour certains, les rendez-vous sont encore impossibles. « On fait beaucoup de kilomètres pour pas grand-chose », commente un autre commercial qui regrette parfois « les annulations de dernière minute ». 

Le métier a changé. Et on entend peu ces professionnels donner de la voix pour expliquer ce qu’ils vivent. Considérant qu’ils ne sont « pas à plaindre » au vu de la situation économique, ils préfèrent se taire : « j ‘ai parfois le sentiment d’être une pestiférée. C’est très compliqué. Certains ne veulent plus nous voir. Les rendez-vous assis dans un bureau sont rares et je n’ai que très peu de retour des clients à mes mails. Certains magasins imposent des prises de rendez-vous et ce sont ces mêmes magasins qu’il est très compliqué à joindre. Je suis perçue comme un vecteur de la maladie. Pourtant, je pense que le plus exposé au risque de contamination, c’est moi…. Je porte des masques dès que je sors de chez moi depuis mai 2020 et n’ai jamais été malade ».

Difficile dès lors d’entrevoir une lueur d’espoir dans un métier d’ordinaire pas facile : « on fait des réunions en visio avec les chefs de rayon », explique un autre commercial tout en évoquant la complexité « de proposer des mises en avant et des dégustations par temps de Covid ». L’animation en magasin est devenue impossible.

« Ma voiture est mon bureau. Depuis des mois, elle est aussi ma cantine »

Ces professionnels ont leur voiture comme outil de travail. Pour aller de magasin en magasin, c’est forcément un indispensable. Ces derniers mois, elle a pris une place encore plus importante : « ma voiture est mon bureau. Depuis des mois, elle est aussi ma cantine. Je n’en sors plus. », commente une commerciale, « le fait de ne même plus pouvoir faire une pause à midi commence à me peser », poursuit-elle. «Je n’ai plus cette coupure qui faisait que je voyais des gens, que je soufflais un peu. Maintenant, j’y travaille, j’y mange, je m’y réchauffe… C’est glauque ».

Compte tenu des restaurants fermés ou ouverts uniquement le midi pour certaines catégories professionnelles, les déjeuners se font aussi principalement sur le pouce : « mon régime n’est plus constitué que de hamburgers, de kebabs, de portions de frites, de sandwichs ou de salades industrielles sous plastique », explique-t-elle.

Obligé de vivre avec les contraintes des hôtels

Les soirées sont elles-aussi bien ternes : « beaucoup d’hôtels ne proposent pas de plateau repas le soir, nous sommes parfois contraints de sauter des repas à cause du couvre feu », s’attriste une chef de secteur. Un autre confrère ajoutera : « quand tu es seul sur ton lit à l’hôtel avec ta pizza et ton coca, tu réalises à quel point le métier est devenu compliqué, surtout moralement ».

D’autres ont pris des résolutions plus radicales quand c’est possible : « j’évite de découcher et de manger dehors autant que possible quitte à faire plus de routes », explique une consoeur, « l’hôtel est devenu une horreur, il m’est arrivé de n’avoir qu’un seul hôtel à 20 km à la ronde. On se retrouve dans des endroits retirés avec des hôtels qui ne proposent pas de plateau repas ».

L’adaptation est de rigueur pour ces professionnels, « on s’ adapte, c’est la clé de notre métier de toute façon », ajoute une commerciale.

En attendant une éclaircie, nombreux insistent qu’il faut « avoir de la ressource pour tenir dans ces conditions ». D’autres espèrent un peu plus d’estime et de considération de la part du gouvernement qui pour l’heure n’a rien prévu pour améliorer le quotidien de ces professionnels « si ce n’est de leur intimer l’ordre de travailler à domicile ». Sauf que pour une majorité d’entre eux, il est impossible de respecter cette assignation : «Il faut que nous soyons présents auprès de nos clients sans quoi ils nous oublient. Il faut maintenir le lien, qu’ils sachent qu’on est là pour eux ».