Les cas de racisme en grande distribution sont évoqués uniquement lorsque celles-ci sont filmés. C’eût été encore le cas après la vidéo diffusée sur Twitter montrant une cliente proférant des insultes envers une hôtesse de caisse du Carrefour d’Annemasse.

Or, le racisme envers les professionnels directement au contact des clients, comme les professionnels de la grande distribution, est bien plus présent qu’on ne le pense.

Certaines font bonne figure derrière leur caisse, comme habitués aux critiques et aux insultes. Derrière les masques, les professionnels de la grande distribution font preuve de sang froid pour tenter a minima de se protéger des insultes racistes. Nous avons recueilli les témoignages de ceux qui vivent le racisme au quotidien en grande distribution.

La tactique de l’ignorance

Le racisme en grande distribution « c’est fréquent et beaucoup plus qu’on ne le croit », déplore cette salariée, « chaque semaine on a des cas de clients qui refusent d’être servis par une personne de couleur », ajoute-t-elle. Un autre confrère complète : « pour moi, c’est tous les jours et je finis par prendre ça à la rigolade, mon niveau de QI est trop haut pour me rabaisser à leurs niveaux ». Comme la fâcheuse impression que le silence est devenu une protection.

Malheureusement, cette tactique de l’ignorance demeure dans un secteur pas habitué à être sur le devant de la scène pour témoigner. Obligé de se taire plutôt que de créer le buzz sur les réseaux sociaux : « on m’a déjà dit plusieurs fois « rentre dans ton pays » », raconte une hôtesse de caisse, avant de compléter « on en rigole pour se protéger, mais c’est triste d’entendre ce genre de choses en 2021 », poursuit-elle.

Pourtant, certains actes et propos sont d’une réelle violence qu’il est à se demander comment cela ne peut être condamnés : « on m’a déjà craché dessus », alerte une hôtesse de caisse. Un autre employé d’un fast-food raconte : « plus jeune, je bossais au Mac Do. À 23h, je n’avais plus de cacahuètes pour le Sundae. On m’a dit d’aller chercher des cacahuètes dans mon pays. J’ai voulu le frapper avant qu’un collègue me rattrape ».

Autre témoignage, celui de cette hôtesse de caisse : « après avoir fait passer un client entre deux clients, il m’a gentiment remercié en me disant : « redescends de ton cocotier sale negresse »», explique cette hôtesse en Moselle originaire de la Réunion qui reconnaît de ne pas avoir su réagir tellement qu’elle était choquée.

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« Rentre dans ton pays » : les salariés pris à parti alors qu’ils appliquent simplement les procédures

Dans d’autres cas de figure, on retrouve d’autres histoires : « quand j’ai commencé à travailler en grande distribution, beaucoup s’amusaient avec mon accent Québécois », raconte l’un d’eux, « puis cet accent a commencé à déplaire, j’ai commencé à avoir plusieurs clients qui étaient très désagréables et qui me disaient de retourner dans mon pays. Ils me reprochaient d’être une voleuse d’emploi. J’ai fini par tout faire pour cacher cet accent », regrette-t-il.

Parmi les faits qui sont propices aux insultes, les contrôles de caddies et de sacs sont très souvent redoutés par les hôtesses de caisse. Cette procédure obligatoire vise à demander aux clients d’ouvrir leurs sacs pour montrer qu’ils n’y cachent : 

« le pire c’est de demander aux clients de soulever ses sacs et d’ouvrir le siège enfant avant de passer son caddie », raconte cette hôtesse, « on fait simplement notre boulot et le client m’a traité de raciste et m’a insulté tout simplement parce qu’il était de couleur, alors j’applique la même procédure pour chaque client ».

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Des cas de misogynies en grande distribution

Le racisme ne s’arrête pas aux origines et à la couleur de peau. Des femmes sont également victimes de violence. Une cheffe de rayon vin raconte avoir été prise à partie parce qu’elle était une femme : « ce n’est pas facile d’être une femme dans le milieu de Vin, beaucoup de clients pensent que je n’y connais rien et que je ne peux donc pas les conseiller », regrette-t-elle. Ces remarques déplacées sont fréquentes et bien plus qu’on ne le pense complète cette cheffe de rayon : « j’ai déjà rencontré un animateur qui refusait de travailler avec moi, car je ne suis pas un homme », déplore-t-elle.