On se croirait en temps de guerre. Fortement exposés dans cette crise sanitaire du Covid-19 qui traverse le pays, les salariés de la grande distribution sont en “deuxième ligne”. Après avoir enregistré deux décès en région parisienne, le secteur redoute de payer un lourd tribut. Le pire est-il à craindre ?

On ne le répète jamais assez, mais les mesures de précaution initiées dans les magasins de la grande distribution ne suffisent pas à rassurer les professionnels du secteur. Le manque de réactivité des enseignes, avec parfois la faiblesse des mesures de protection, complété de la ferme volonté du gouvernement à poursuivre l’activité économique des supermarchés, pourrait avoir des conséquences irréversibles.

“Je travaille au rayon marée. Dans notre magasin, nous avons juste des barrières mobiles, pas de masque, pas de gel hydroalcoolique sur le rayon, pas de filtrage à l’entrée du magasin. Et les clients s’agglutinent les uns aux autres. On ne se croirait pas en confinement !” explique Caro, salariée.

Même constat pour cet employé : “Chez nous on travaille sans gants, sans plexiglas aux caisses. On attend toujours des masques. Nous n’avons même pas des fringues de rechange”.

Comme les professionnels de santé, les salariés du commerce côtoient chaque jour bon nombre de consommateurs. Souvent livrés à eux-mêmes et sans matériel de protection, beaucoup d’entre redoutent d’être contaminé avec la crainte “de ne pas savoir ce qu’on va ramener à la maison”. Et comme les professionnels de santé, un secteur en première ligne et déjà touchés par plusieurs décès, plus que jamais on redoute le même sort. Comme les médecins, infirmiers et & consoeurs, les employés et hôtesses de caisse sont lourdement exposés au coronavirus.

Lire aussi : Le rôle essentiel des métiers de la grande distribution en cas de crise majeure

Les lourdes conséquences de cette exposition pour les salariés

Ces derniers jours, la grande distribution a compté ses premiers morts. Provoquant une vive émotion auprès d’un secteur peu habitué à ces drames, c’est tout d’abord Alain Siekappen, un agent de sécurité de 45 ans à Aulnay-sous-Bois qui a été le premier à succomber au virus. Quelques jours plus tard, Carrefour apprendra le décès d’Aïcha Issadounène, déléguée syndicale de 52 ans à Saint-Denis en région parisienne, qui elle aussi décèdera après avoir été contaminé.

Le secteur de la grande distribution fait face désormais à de fortes tensions auprès de ses effectifs. Ce lundi, ce sont plusieurs salariés de l’enseigne Carrefour à Vitrolles qui ont exercé leur droit de retrait après que le magasin ait enregistré plusieurs cas de contamination auprès des salariés.

Des nombreuses informations que nous pouvons remonter à travers la communauté nous démontrent que tous les magasins n’ont pas encore mis en place des mesures de protection nécessaires. Souvent mal équipés ou pas équipés du tout, certains attendent encore des masques ou du gel hydro-alcoolique.

Alors forcément, fortement exposé, le pire est encore à craindre auprès de ces professionnels. Selon un recensement réalisé par le syndicat CGT, ils seraient plus d’un millier avoir été contaminé. « Nos craintes se confirment. Il faut quinze jours à trois semaines pour que l’épidémie arrive. Nos collègues étaient en première ligne sans protection au moment où Macron s’est prononcé pour le confinement. Il y avait déjà une affluence énorme dans les magasins et aucun d’eux n’était protégé. Nous allons compter nos morts et nos malades sur cette troisième semaine » explique Amar Lagha, le secrétaire général de la CGT commerce et services.

Lire aussi : Après 15 jours de confinement, comment les salariés de la grande distribution vivent-ils leur quotidien

De vives tensions sociales

À ce jour, le secteur de la grande distribution et du commerce comptabilise 5 morts : « trois en prévention sécurité, Aïcha à Carrefour et une jeune à Mc Do en Meurthe-et-Moselle » explique-t-il.

Auprès de l’enseigne Carrefour, la tension monte. particulièrement concernées par les premiers décès, le syndicat annoncé avoir porté plainte contre l’enseigne et contre la ministre du Travail Muriel Pénicaud pour mise en danger de la vie d’autrui et assistance à personne en danger.

Nul ne sait encore les conséquences de la poursuite de cette activité économique. Qu’adviendra-t-il au destin des 700000 salariés de secteur. 

Comment exercer son droit de retrait au sein de la grande distribution

Nombreux sont déjà les salariés à réfléchir à exercer leur droit de retrait. Rappelons que le droit de retrait n’est applicable que si l’employeur n’a pris aucune mesure pour la protection des salariés.

Le droit de retrait est un droit du salarié de se retirer d’une situation de travail qui présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé.

Si c’est le cas, le salarié doit informer son employeur par écrit (pour des questions de preuve) et justifier la gravité et l’imminence du danger par une description précise des raisons pour lesquelles le risque de contamination est important. Selon le ministère du Travail, le droit de retrait n’est pas justifié si l’employeur peut faire respecter les mesures barrières. C’est-à-dire : pas de contact proche et prolongé ou distance de sécurité, lavage régulier des mains et nettoyage régulier des surfaces.

À noter que ce sera au conseil de prud’hommes de juger si, compte tenu des circonstances spécifiques, au cas par cas, le droit de retrait à justifier ou non.

En conséquence, si le droit de retrait est validé par l’employeur alors le salarié peut être absent du travail tout en ayant la garantie du maintien de 100% du salaire jusqu’à la disparition du danger grave et imminent.

Inversement, si le droit de retrait est refusé par l’employeur, le salarié peut subir un non-paiement de sa rémunération jusqu’à la reprise du travail, voire être concerné par un éventuel licenciement pour cause réelle et sérieuse.